« La difficulté est de concilier entre le souhait du public et l’exigence de qualité »   La question de la sécurité, l’argent du festival, les rapports avec les sponsors, les difficultés de l’organisation, les besoins en ressources humaines, les nouveaux concepts marketing de la Fondation esprit de Fès… Mohamed Kabbaj dit tout à propos du festival musiques sacrées du monde, dont il est le président.   Etes-vous pleinement satisfait du déroulement de cette 15ème édition du festival musiques sacrées du monde que vous présidez ? Bien entendu, dans ce genre de festivals, nous sommes condamnés à  faire de mieux en mieux. Nous sommes considérés comme leaders dans le monde dans cette catégorie de musique et les gens nous voient comme tels. Nous voulons garder ce niveau et ce n’est pas facile de le faire. Il faut se battre sur tous les fronts : la programmation, l’organisation, la logistique, le marketing… Il y a des choses qui marchent bien, d’autres qui marchent moins bien qu’on note et qu’on essaye d’améliorer…   Par quoi s’est distinguée cette 15ème édition du festival? Il faut dire que nous avons été encore plus exigeants. Car parfois dans les programmes, on peut décider de faire des concessions pour attirer le public. La musique sacrée est, bien entendu, une musique assez difficile et quand on cherche une grande singularité ou une originalité, le public ne suit pas toujours. La difficulté pour nous est donc de savoir comment concilier entre le désir du public et cette exigence de qualité.   Du point de vue de certains observateurs, le festival risque de perdre sa marque originelle qui est originale en optant pour les spectacles grand public, qu’en pensez-vous ? Je ne le pense pas et vous l’avez remarqué, tous les concerts sont des concerts qui versent dans le thème que nous avons choisi. Bien sûr, certaines personnes citent les groupes qui présentent des spectacles dans le festival off. Mais, nous ne cessons d’expliquer à tout le monde que le festival off n’est pas le festival officiel. Il s’agit de manifestations artistiques qui visent à donner à la population de Fès la possibilité de participer au festival d’une manière générale. Et nous essayons à ce niveau de présenter des programmes plus didactiques à Bab Boujloud, à Aït Skato ou ailleurs. Mais, il y a aussi d’autres artistes que le public demande et nous ne pouvons pas les lui refuser. Car, c’est tout à fait normal que le public soit attiré d’abord par la musique qu’il a l’habitude d’entendre.   Quel est votre point de vue concernant le houleux débat lancé suite au drame survenu à la clôture du festival Mawazine à Rabat ? Nous ne pouvons pas condamner tous les festivals parce qu’un drame est survenu. On enregistre partout dans le monde, de temps à autre, des drames lorsqu’il y a présence de grand public. C’était le cas, par exemple, lors de certains matchs de football. Là où il y a le public, il y a des risques. Pour ce qui nous concerne, nous essayons de prendre toutes les précautions nécessaires. Et la différence, c’est que nous plaçons tous nos concerts dans des espaces ouverts. Nous avons banni dans notre festival les places fermées. Nous n’utilisons plus jamais les stades et autres places fermées. Nous organisons toutes nos manifestations dans des places ouvertes où il est facile d’évacuer les gens.   Quelle est votre appréciation pour ce qui est de la décision du ministère de l’Intérieur d’imposer des conditions plus restrictives pour l’organisation des festivals ?  Oui j’estime qu’il faut être absolument exigeant, c’est certain. Le ministre a raison en ce qui concerne les précautions de sécurité à prendre. En effet, malheureusement on ne prend pas toujours en considération l’élément relatif à la sécurité. Nous le remarquons même dans notre vie quotidienne, nous avons tendance à négliger cet élément primordial. Il n’y a qu’à voir comment nos maçons travaillent, par exemple. Or, encore une fois, c’est une question primordiale. Lors d’une manifestation de notre festival qui se passait dans une salle fermée, j’ai vu que des portes de secours étaient fermées, j’ai tout de suite exigé l’ouverture de toutes les portes de secours. Encore faut-il sensibiliser les gens pour que tout le monde soit très attentif à cette question de sécurité.   Comment procédez-vous pour l’élaboration des programmes et du plan d’action du festival ? Nous avons pratiquement déjà bouclé le programme de la prochaine édition. Nous avons établi tous les contacts avec les artistes et nous avons déjà leurs engagements et accords. Nous passons toute l’année à préparer nos manifestations. Il faut savoir qu’il faut énormément de temps pour la prise de contact avec les artistes que nous recherchons. C’est normal, étant donné que ces artistes sont fortement sollicités de partout.   Est-ce que vous disposez des ressources humaines nécessaires pour ce travail de préparation et pour tout le reste ? Vous savez ici il est très difficile de trouver un certain nombre de spécialités. C’est pour cela que pour un certain nombre de spécialités, nous n’hésitons pas, quand il le faut, à faire appel à des compétences étrangères. Comme par exemple dans le domaine de la sonorisation, notamment quand il s’agit de spectacle en plein air. Nous disposons de très peu d’universités qui forment dans les domaines de l’art, ce qui fait que nous avons un manque dans les domaines artistiques. Mais toujours est-il que certaines universités ont eu le courage de se lancer dans ces spécialités dont le Maroc a tellement besoin et c’est tant mieux.   Quel est le budget global du festival des musiques sacrées du monde ? Le festival des musiques sacrées coûte dans les environs de 12 millions de dirhams. Mais, à côté du festival officiel des musiques sacrées, il y a le festival dans la ville qui est ouvert gratuitement au public et aussi les colloques qui traitent les thématiques liées au sujet essentiel du festival.   Est-ce que les sponsors suivent et quels sont vos rapports avec eux ? Nous essayons de les satisfaire. Tout le monde sait qu’un sponsor ne donne pas de l’argent comme ça. De notre côté, nous ne demandons jamais de l’argent pour rien. Nous ne demandons pas non plus de l’aumône. Ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Car certains peuvent vous aider une fois, deux fois, mais pas toujours. D’où les contrats que nous signons avec ces sponsors qui leur garantissent des services de notre part en contrepartie de leur appui. Et comme vous l’avez remarqué, nos sponsors tirent profit de l’image de marque du festival. Certaines banques organisent leur publicité autour de l’événement et de sa thématique. Les banques et nos autres partenaires institutionnels invitent, en effet, leurs clients un peu partout dans le monde pour venir au festival où on leur réserve des sièges spéciaux. Et vous avez pu le constater aussi, à chaque soirée artistique nous donnons le nom de l’un des sponsors. En un mot, il ne s’agit pas de donation. C’est un service que le festival offre aux sponsors qui bénéficient ainsi d’une visibilité très importante pour finalement une somme qui ne leur coûte pas plus cher que ce qu’ils payent aux media. Nous ne voulons pas faire, bien sûr, de la concurrence aux media (rire !)…   Qu’en est-il de la promotion à l’international du festival ? Comment se présentent vos rapports avec vos partenaires étrangers notamment dans le cadre des tournées du festival aux Etats-Unis ? Oui, nous avons fait des tournées aux Etats-Unis pour la promotion du festival au niveau international. Et nous sommes en contact avec un certain nombre d’institutions pour renouveler ces tournées, comme nous sommes en train de chercher des partenaires en Europe et ailleurs. Vous savez, les tournées de promotion à l’étranger sont très difficiles à réaliser. Et nous ne pouvons pas les faire tous seuls. Nous sommes donc obligés d’avoir des partenariats. Et ce, sur la base de l’image valeureuse que nous possédons, puisque nous sommes désormais connus un peu partout. En Europe, par exemple, l’évocation de la ville de Fès est immédiatement associée au festival de la musique sacrée. Et c’est là un atout indéniable pour le développement des capacités de notre pays dans le domaine du tourisme culturel. Ça, c’est certain !   Quels sont les principaux rendez-vous de la fondation ? La fondation organise une dizaine de manifestations chaque année. En juillet, nous avons le festival de la culture et de l’art Amazighs qui est parmi les plus importants festivals, sinon le plus important festival de l’amazighité avec des colloques, des rencontres, des chercheurs qui viennent du monde entier. On aura également des chanteurs tels que Ider ainsi que des grands artistes internationaux de l’amazighité qui est une composante importante de la personnalité marocaine. Malheureusement, beaucoup de gens pensent l’amazighité comme un simple folklore. Il est donc important de montrer la profondeur de cette culture en pensant à toutes les dimensions artistiques et culturelles de l’amazighité. Il y a également le festival des arts culinaires. En novembre ou décembre prochain, nous organisons le festival de la cuisine des fêtes religieuses. Il s’agira de voir comment chaque religion célèbre, sur le plan culinaire, ses fêtes les plus marquantes. Il y a aussi le Jazz in Ryads, le festival Slam & Klam, etc. Nous avons eu récemment le forum de la Méditerranée, la rencontre internationale sur le dialogue des cultures qui a été présentée en cinq volumes, le Ramadan dernier, à SM le Roi. Nous avons eu aussi le colloque sur la femme méditerranéenne qui a eu lieu en décembre dernier. Bref, l’équipe de la Fondation a toujours quelque chose sur la planche. Entretien réalisé par Hassan Laghcha entretien      avec      mohamed      kabbaj           prsident      du      festival      musiques      sacres      du      monde      Tout     

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